Affirmez que vos ancêtres ne furent jamais des primitifs et vous obtenez un système avec des « sauvages », des « barbares » et des « civilisés ». Tout le 19e Occidental construira sa culture sur une telle croyance. Nos livres d’histoire montraient que nos ancêtres les « Gaulois… » vivaient dans une société barbare et non une société sauvage. Le système barbare partage l’univers en un nombre restreint de parts, les 4 points cardinaux, les 4 éléments, homme animal, végétal, minéral, bile, lymphe… La littérature crée le mythe des « sauvages » au 18e et au 19e. L’univers du totem, de la parenté n’existe pas. Le territoire a déterminé des unités isolées redevables envers un protecteur, seigneur, roi, état…

L’Égypte ignore le système génétique de parenté comme organisateur des rapports entre les hommes. L’alliance n’y reconnait pas l’inceste, la parenté y semble marquée du sceau de l’indifférence.

La parenté par le sang est d’utilisation récente liée au célibat des moines et au système de monogamie.

 

Les hommes dotés d’un cerveau anatomiquement semblable se sont orientés dans des formes de pensée individuelles. Pour justifier la pensée dite « sauvage » et mettre en valeur l’émergence du miracle grec, les pensées égyptienne et babylonienne furent écartées, quoique proches et connues. L’évolution humaine pourrait y avoir une part, mais le choix métaphysique et social d’un mode de fonctionnement de la pensée s’est imposé à une civilisation méditerranéenne. La Grèce s’est nourrie de l’Égypte et d’ailleurs.  

Question : comment les Méditerranéens ont-ils su faire l’économie des divinités, tout en maintenant les mythes et développer des formes de démocratie accompagnées de la science appliquée, science ? Si la science s’est laissé conduire par les mythes de la jeunesse éternelle, de l’élixir de jouvence, Ulysse avait déjà eu l’intelligence de refuser l’immortalité accompagnée de la jeunesse éternelle.

 

Existe-t-il une mentalité primitive ?

Existe-t-il, sans apriori, une unité psychique des humains ?

Les différences dans les modes du penser permettent-ils de positionner certains individus par rapport à d’autres ?

Certains modes du raisonner sont-ils dans l’erreur ?

L’incompréhension entre individus est-elle de l’ordre du quantitatif, en degrés, ou d’ordre qualitatif (une coupure effective) ?

Certaines thèses sont-elles conçues à partir de données idéologiques ou affectives ou… ?

La compréhension empathique repose-t-elle régulièrement sur un transfert effectif entre êtres vivants ?

Est-il légitime d’accorder sa confiance dans la réalité objective ?

 

« Jadis, et aujourd'hui encore, on entendait parler à satiété d'Aristote, des subtilités scolastiques ; par ces mots on se croit en droit de s'épargner l'abstraction — et à la place du concept on s'estime fondé à en appeler à la vue, à l'ouïe, à donner ainsi libre cours à ce qui est appelé le bon sens. Et dans la science une vue pointilleuse s'est substituée à une pensée pointilleuse ; un coléoptère, des espèces d'oiseaux, sont distingués d'aussi pointilleuse façon que jadis des concepts et des pensées. » G. W. Friedrich HEGEL, Leçons sur l'histoire de la philosophie, t. III.

 

La pensée occidentale est contrainte par les structures des langues parlées. Dans l’utilisation d’un langage qu’est-ce qui conduit au réel, où se situe l’imaginaire et quelle est l’utilité du symbolique ? Cette partition entre trois domaines d’apparences différentes autorise-t-elle l’utilisation d’un espace dans lequel le langage serait « mathématique » ou « géométrique » ou « géographique »… ?

 

La variété des modes de penser s’observe dans les rapports à une logique.

Le chinois se distingue d’autres systèmes par son mode de classifications par exemple.

Indifférence à la contradiction, puisque l’identité n’est pas stricte. Utilisation des mémoires en vrac. Les grandes Questions (notions[1]) et réponses émotionnelles de même type sont regroupées. Infractions à une logique « occidentale » et approches différentes du monde physique.

Dans le même temps : connaissons-nous notre « identité » ? Nos approches du monde sont-elles logiques ou surtout émotionnelles quitte à être émotionnelle justifiée par une logique ? Nos décisions répondent-elles toujours au principe de non-contradiction ? Le monde imaginaire est-il incompatible avec le monde réel ? L’homme de Raison est-il dispensé de pensée magique ou coupé du monde des rêves ?

 

Si nous sommes aptes à comprendre les mécanismes du penser, d’où nous en vient l’intérêt ?

La pensée par calculs de l’intelligence artificielle est-elle une pensée ou enfermée dans des modes de calculs programmés, même quand elle deviendrait autonome ?

Êtes-vous compétent dans l’ensemble de ces domaines : à partir de la connaissance des faits qu’elle en est votre compréhension, comment déterminer une application, et l'analyse, la synthèse et l'évaluation ? Quels sont vos manques à la base, quel que soit un fait, etc. ?

 

La première tentative de grande taxonomie[2] proprement hiérarchique avec héritage des propriétés est celle de Thomas d'Aquin, elle porte sur les anges. Mais elle justifie les hiérarchies humaines, ce qui peut démontrer que même l’imaginaire arrange le réel.

La connexion simple correspond à « a et b », c'est-à-dire à la simple mise en présence de a et de b sans présupposé de subordination : « a comme b », « a = b », « a avec b », « a signale b » (et donc « b signale a »), etc. La relation antisymétrique correspond à la confrontation de deux entités, c'est-à-dire au rapport : « a cause b », « a divisé par b », « a est b ». La connexion ne permet pas la classification.

 

Ni l’enfant ni le « sauvage » n’ont d’utilité à garder en mémoire un système de classement figé, ils répondent à des demandes en fonction des critères liés à la demande. « Chez l'enfant, il est fréquent de recueillir, à quelques instants d'intervalle, des explications tout à fait disparates, et qui s'ignorent entre elles, selon qu'un même problème est abordé tour à tour de différents points de vue. » Henri WALLON, «Le réel et le mental »

Lévy-Bruhl avait dit : la pensée primitive ne classe pas, elle produit ses connaissances en vrac, laissant aux principes mêmes d'organisation de la mémoire le soin d'établir entre les catégories de simples connexions.

C’est là une chose que nous sommes devenus incapables de lire dans le discours: la copule « être» nous suggère de façon automatique une lecture en termes de relation d'inclusion.

La généalogie de nos modes de pensée est opaque: l'oubli passe par là avec efficacité.



[1] Les notions sont conceptualisées à partir de la scolastique d’un occident chrétien ?

[2] Mode de classement.