La science satisfait au critère d’expérience possible, mais la métaphysique n’y satisfait pas. L’« imagination transcendantale » joue le rôle d’un troisième terme qui garantit que le concept pur ne crée pas l’objet, mais qu’il détermine seulement la forme de l’objectivité et donc la possibilité de l’expérience. Chez Kant l’intuition est l’objet sensoriel, le concept pur est la catégorie. Le temps serait une forme à priori de la sensibilité. Le sujet transcendantal mérite donc d’être décrit comme le système des catégories de l’entendement qui s’appliquent grâce au sens interne (le temps), dans le sens externe (l’espace). Pour Berkeley, l’espace et le temps étant les propriétés réelles des choses, il en résulte qu’aucune substance matérielle n’est concevable. Seuls les mots par lesquels nous désignons des objets offrent l’illusion d’interrompre le continuum spatiotemporel et qu’une déréalisation des objets est inévitable, dès que l’on y regarde d’un peu près. Descartes affirme le moi plus certain que le monde. Pour Kant, le moi a besoin du monde extérieur pour réaliser le point fixe, la permanence et les repères qui le caractérisent. Selon Kant Toute perception suppose que l’on ait le sentiment d’une extériorité ainsi que celui d’une simultanéité : elle exige donc l’espace. Toute perception suppose que l’on ait le sentiment d’une succession d’impressions : elle exige donc le temps. Toute expérience sensorielle implique le temps et l’espace comme conditions préalables. L’espace et le temps sont une représentation nécessaire et à priori. La preuve : on peut penser un espace et un temps vides, mais on ne peut se forger une représentation qui ne soit ni temporelle ni spatiale. C’est pourquoi le temps et l’espace sont bel et bien au fondement de toute représentation et méritent d’être dits à priori. L’espace n’est pas un concept, mais une intuition pure. Il n’est pas discursif. Il n’y a qu’un seul espace à l’intérieur duquel on peut déterminer des parties – ce qui est le propre d’une intuition, car une représentation qui ne peut être donnée que par un seul objet est une intuition. Le tout y précède les parties, à la différence d’un concept dont l’analyse invite à parcourir un à un les individus particuliers qui le composent. Le temps est assurément à priori sans quoi les axiomes qui sont au fondement de la cinématique seraient inconcevables. Il n’y aurait que des sciences expérimentales et aucune ne pourrait jamais rien affirmer d’universel et de nécessaire. La fonction transcendantale du temps tient au fait qu’il rend possible des jugements synthétiques à priori (par exemple celui-ci : « des temps différents ne sont pas simultanés, mais successifs »). L’espace est une intuition à priori. Il contient une infinité de représentations possibles, alors qu’un concept se présente comme le caractère commun construit à partir d’une multitude de représentations données. S’il n’était pas cette intuition pure à priori, les jugements synthétiques à priori de la géométrie ne seraient pas possibles. Le temps est une totalité non conceptuelle : c’est un tout qui préexiste à ses parties, et non pas, comme le concept, une synthèse de propriétés qui lui préexistent. On ne peut démontrer conceptuellement les propriétés du temps – celle, par ex., qui veut que deux instants différents ne soient pas simultanés. C’est donc bien une intuition pure à priori. S’il ne l’était pas, aucune science ne serait possible. La preuve en peut être donnée de manière apagogique : supposons que le temps soit un concept, alors il doit obéir aux règles de la logique formelle dont le principe de base est la non-contradiction. Or, le temps n’est-il pas justement ce qui permet de penser deux attributs contradictoires dans le même sujet ? Le changement ne se définit-il pas comme la possibilité pour un même corps de demeurer le même en se voyant attribuer telle propriété à l’instant t et telle autre à l’instant t′ ? Le temps (comme l’espace) est un à priori d’ordre non conceptuel, c’est-à-dire d’ordre sensible. C’est par là qu’il est exigé (comme l’espace) pour toute représentation. L’espace et le temps sont des grandeurs infinies données. Leurs parties s’obtiennent par limitations, alors que dans un concept, l’ordre impose toujours d’aller des parties au tout. En conséquence, il convient de retenir que toute représentation est forcément spatiotemporelle et que, sans elle, ni le temps ni l’espace n’auraient de signification. Kant renoue avec la tradition métaphysique qui s’emploie à dissiper le temps et l’espace en les caractérisant comme des déficits ontologiques. Ce sont les figures du néant, des êtres d’imagination. Ils ne sont pas des objets, mais la forme des objets. Exemple : la notion d’obscurité sera nommée un concept, à condition d’ajouter que ce concept ne désigne positivement aucun objet, mais seulement une absence de lumière.